Miraron equí

UN ATELIER DE TRADUCTION LITTÉRAIRE


Du lycée Val de Garonne

[http://blogpeda.ac-bordeaux.fr/poesiaasturiana ]


Antón García

Le dolmen de Merías

A Miguel Rojo

     – Pour aller au dolmen … ?
Assise au bord du chemin,
toute d’ombre et de temps,
une très vielle femme attend comme chaque jour
que la nuit l’invite à rentrer chez elle.
En ce chaud après-midi d’été,
calme et sec, poussière et soif,
mon sang bout lorsque je monte la colline.
– … Oui, mon enfant – me répond-elle tranquillement –.
Tu suis le chemin pierreux
jusqu’à la cabane en ruines …
Alors elle se tait et cherche dans le bleu du ciel
la lumière de sa sagesse
à mettre sur mon dos :
– Mais ce n’est ni un dolmen ni rien ;
juste des pierres les unes sur les autres.
Ainsi va la vie de mon peuple,
l’histoire de cette terre,
cette langue :
à côté d’une maison abandonnée,
les mots comme des pierres
des tas de mots
qui ne sont rien.

Antón García

Ce poème a été publié pour la première fois en 2005 dans la revue Reciella Mallory.  Il fait partie du recueil La Mirada Aliella (2007)Publié dans Antón Garcíapoèmes traduits Mots-clefs :  Laisser une réponse


La maison de mon père

Nire aitaren etxea
defendituko dut
      Gabriel Aresti

À Xosé Manuel Valdés

Je défendrais
la maison de mon père
contre les loups
contre la justice
contre l’usure.
Je perdrais
la propriété
et la colline si je pouvais
en défendant la maison de mon père
de mes mains
(car je n’ai
d’autre arme que ma plume).
Si l’on me coupait les mains
avec les bras
avec le sang
et avec la vie
je défendrais la maison de mon père.
Et je mourrais.
Je perdrais mon âme
je perdrais mon lignage
mais la maison de mon père
resterait debout.
Je défendrais
la maison de mon père
même si ce n’était
qu’une bicoque
faite avec usure
un logement
que la mine finirait par lézarder.
Je défendrais
la maison de mon père
si mon père
ne l’avait pas vendue
pour que je sois
quelque chose dans cette vie.

Antón García

Ce poème a été publié pour la première fois en 1994 dans le recueil Venti poemes.Publié dans Antón Garcíapoèmes traduits Mots-clefs :  Laisser une réponse


Décombres


Ici s’achève le monde,
dans les vergers abattus,
dans le potager sans clôture.
Cette terre n’est qu’un cri
d’oiseau qui tombe.
Regarde la maison blessée,
le grenier éventré.
ronces et orties tressent
du silence sur ces murs.
Ici la mort est passée
et personne ne viendra
pour relever ces tuiles,
ces planches et ces poutres,
pour rallumer la lampe à huile.
Ferme les yeux.
Mon cœur aussi
est le pays le plus dévasté.

Antón García

Ce poème a été publié pour la première fois en 1994 dans le recueil Venti poemes.Publié dans Antón Garcíapoèmes traduits Mots-clefs :  Laisser une réponse


De ton pays


Le soir réduisait à néant
la lumière du printemps et les mains
abandonnaient une ancienne musique
sur les outils fatigués de la campagne.
Quelque dieu tressait le silence
avec l’osier du froid, et la terre
se tait un instant dans la nuit.
La campagne fleurit: la lune allume
la lampe du givre ; la gelée se couche
dans l’attente de l’aube
et brûle dans les prés l’herbe verte.
Quand le soleil reviendra cette année
tous les épis ne seront plus qu’herbes brûlées.

Antón García


Ce poème a été publié pour la première fois dans le recueil Los díes repetíos (1989).Publié dans Antón Garcíapoèmes traduits Mots-clefs :  Laisser une réponse


Ardoise

(Sur le catalogue de l’exposition de María Jesús Rodríguez, Musée des Beaux-arts des Asturies, Oviedo, décembre 1983)

Je suis venu chercher des façons
d’être seul et j’ai trouvé
une inquiétude que j’ignore
et que j’aime. Le repos de la pierre obscure
me trouble, cette lumière
absente qui saisit dans les fissures
la peur,
car ce que la vie tisse
n’est pas seulement le temps.

Antón García


Ce poème fait partie du recueil La mirada aliella (2007)Publié dans Antón Garcíapoèmes traduits Mots-clefs :  Laisser une réponse


Cutariellu

à Maya

Comme l’air de l’après-midi sur la colline
tu étais pour moi paisible et aimable,
amie, quand tu m’offrais au creux des mains
la lumière, et tes mots résonnaient
secrètement au seuil de la nuit.
Au loin, éparpillées dans une vallée, des maisons
mûrissaient au soleil tiède de l’été.
Ensemble nous avons entendu les jeux inquiets
des enfants, le frissonnement de l’herbe
où une couleuvre qui s’enfuyait
tissait entre nous l’amour de ces vers.
Ces mots secs nous avons passé notre temps
à les labourer avec une voix rauque et gaie.
En ce mois d’août la terre s’embrassait
d’un ardent et silencieux désir.

Antón García


Ce poème a été publié pour la première fois en 2003 dans le livret du spectacle Musique et poésie des  Asturies (concert-récital).    Il était accompagné d’une traduction française de  Paz Rodríguez  Galguera et  Murielle Jamin  Il a été  intégré par  la  suite dans le recueuil La mirada aliella (2007)Publié dans Antón Garcíapoèmes traduits Mots-clefs :  Laisser une réponse


Toutes les choses sont deux

nous glisser dessus nous n’avions rien.
Le matin nous appartenait
ouvert au soleil et à la lumière de l’été.
Cela ne nous dérangeait pas
de rester assis au bord du chemin
à attendre qu’une autre nuit vienne,
de son pas tranquille,
nous chercher.
Je l’ai déjà dit, nous n’avions rien,
ni hâte, ni tranquillité ni même des souvenirs.
Nous étions (ensemble mais étrangers)
la mémoire qu’aujourd’hui nous avons
ou ces mots.

Toles coses son dúes

De la que’l silenciu dexábemos
esbariar sobre nós mesmos nada teníemos.
La mañana yera nuesa
abierta al sol y a la lluz del brano.
Qué más nos daba
sentar na vera’l camín
y esperar que viniera otra nueche,
col so pasu tranquilu a buscanos.
Yá lo dixe, nada teníemos,
Nin priesa, nin calma, nin siquiera alcordanza.
Namás yéremos (xuntos y estraños)
la memoria qu’agora tenemos
o estes palabres


Todas las cosas son dos

Cuando dejábamos que el silencio
resbalase sobre nosotros nada teníamos.
Era nuestra la mañana
abierta al sol y a la luz del verano,
No nos importaba
seguir sentados en el borde del camino
esperando a que otra noche llegase,
con su paso tranquilo, a buscarnos,
Ya lo he dicho, nada teníamos.
Ni prisa, ni calma, ni siquiera recuerdos,
Tan sólo éramos (juntos y extraños)
la memoria que ahora tenemos
o estas palabras.

Antón García


Ce poème a été publié pour la première fois en 1994 dans la revue Hegats, literatur aldizkaria.  Il fait partie du recueuil La mirada aliella (2007)Publié dans Antón Garcíapoèmes traduits Mots-clefs :  Laisser une réponse


Café

Je le sais bien, le soleil vient encore
pour remettre à sa place les souvenirs.
La lumière et les heures passent lentement
rallumant l’amour sur tes lèvres.
À la fin il ne me reste d’autres choses
que celles dont je veux rêver.  Voilà pourquoi
en ce moment j’imagine un café
avec des rideaux et des tables en bois ;
les vitres seraient un peu glacées
si l’on était en mars. Toi, tu laisses refroidir
ta tasse. La nuit tombe en silence.
Mais aujourd’hui (le mois d’août commence demain)
seule la glace fond dans le grand verre
de whisky et face à moi une musique
de jazz occupe ton siège vide.
Comme je n’ai rien d’autre que ce que
je veux, aujourd’hui tu es avec moi. Demain
s’il le veut, que l’oubli revienne m’embrasser.


Café

Bien que lo sé, de nuevo vuelve’l sol
a dexar nel so sitiu l’alcordanza.
Pasen aduces la lluz ya les hores
ya otra vez prenden l’amor nos tos llabios.
Depués de too, nun tengo más coses
qu’aquelles que quiero soñar. Por eso
nesti momentu imaxino un café
con visillos ya meses de madera;
un poco xelo seríen los vidros
si fuera marzo. Tú dexes qu’esfreza
la taza. Llega la nueche en silenciu.
pero güei (agosto va entrar  mañana)
l’únicu xelo dílese nel altu
vasu del whisky ya enfrente una música
de jazz ocupa’l to sitiu valeru.
Porque nun tengo más nada qu’aquello
que quiero, güei tas comigo. Mañana,
si quier, que vuelva l’olvidu besame.


Café

Lo sé muy bien, de nuevo vuelve el sol
a dejar en su sitio los recuerdos.
Pasan despacio la luz y las horas
y otra vez prenden el amor en tus labios.
Al final no tengo más cosas
que aquellas que quiero soñar. Por eso
en este instante imagino un café
con visillos y mesas de madera ;
algo de hielo serían los cristales
si fuese marzo. Tú dejas que enfríe
la taza. Llega la noche en silencio.
Pero hoy (agosto va a entrar mañana)
el único hielo se derrite en el alto
vaso de whisky y enfrente una música
de jazz ocupa tu sitio vacío,
Como no tengo otra cosa que aquello
que quiero, hoy estás conmigo. Mañana,
si quiere, que vuelva el olvido a besarme.

Antón García

Ce poème a été publié pour la première fois en 1989, dans la revue Escrito en el Agua.  Il fait partie du recueil Los díes repetíos , paru la même année.Publié dans Antón Garcíapoèmes traduits Mots-clefs :  Laisser une réponse

Entrevista a Antón García

Le damos las gracias  a Antón García por la amabilidad con la que aceptó responder a algunas preguntas que los participantes en los  talleres de traducción le hicieron llegar por correo electrónico en diciembre de 2013. La traducción francesa de las respuestas a este cuestionario puede leerse aquí.
¿Qué le ha llevado a usted a dedicarse a la escritura?
La pasión por las palabras, sin duda. Las palabras están por todas partes, al alcance de todos, son un material económico, muy manejable y versátil, pero tamién muy preciso. Las palabras sirven para todo, para hacer reír y para hacer llorar, para amar y enfadar, para decir la verdad y para mentir. Con ellas puedes contar lo que ves y lo que imaginas, y puedes comunicar a los demás tu experiencia y que ellos puedan revivirla. En español se dice que “una imagen vale más que mil palabras”, pero no es del todo cierto: las imágenes “denotan”, en ellas está lo que ves; las palabras “connotan”, permiten al receptor interpretarlas y recrear su propia experiencia. Así nace la literatura y especialmente la poesía.
¿A qué edad ha empezado usted a traducir obras ? ¿Qué le interesa en el hecho de traducir a otros autores ?
Con 18 o 19 años intenté traducir algunos poemas de Juan Larrea desde el francés al español. Larrea es un poeta vanguardista español de la Generación del 27, que tenía la peculiaridad literaria de escribir en francés aunque no fuese su lengua. Durante un tiempo me interesó mucho e hice algunas aproximaciones a su obra, sin continuidad. Pero más en serio empecé a traducir con 22 o 23 años, cuando pasé al asturiano el libro Memória doutro rio, del poeta portugués Eugénio de Andrade.
Me gusta mucho traducir poesía y encuentro dos razones para hacerlo. En primer lugar, la traducción me permite realizar una lectura atenta de determinadas obras que me gustan, desmontarlas verso a verso y volver a armarlas en mi lengua. Es un ejercicio que deja al descubierto el mecanismo creativo de esos autores que me interesan y aprendo de ellos. En segundo lugar, la traducción obliga a una reflexión constante sobre el propio lenguaje en relación con el idioma del autor o autora que traduces, y resulta muy enriquecedor. Traducir es la mejor escuela literaria que conozco.
¿Qué autores españoles le gustan a usted?  ¿Y franceses?
La lista sería larga, porque hay autores que te gustan mucho en un momento de la vida y sobre los que no vuelves, sustituyéndolos por otros que también te interesan cuando los descubres. Garcilaso de la Vega fue el primer poeta que leí con atención. Fray Luis de León, Juan de la Cruz, Antonio Machado… Federico García Lorca y Juan Larrea más tarde. Poeta español, pero que escribe en catalán, es Gabriel Ferrater. Como novelista me interesó mucho Gabriel García Márquez y ahora Almudena Grandes.
De los franceses hay un poeta clásico que me apasiona, François Villon y sus baladas. También leí a Pierre Reverdy y entre los del siglo XX a Jacques Réda. Bernard Manciet, que escribe en occitano, me parece un autor que merecía mayor reconocimiento en toda Europa. Sin embargo mi autor francés preferido no escribió poesía: Albert Camus.
¿Por qué ha decidido usted escribir en lengua asturiana?  ¿Serían diferentes sus poemas si estuviesen escritos en español?
En Asturias ocurría (y tal vez siga pasando) un fenómeno curioso: en muchas casas se hablaba comúnmente en asturiano, pero nunca se escribía. Eran dos planos de la realidad que raramente se tocaban. Con tus padres o con tus abuelos te comunicabas en asturiano, pero ibas a la escuela y aprendías a leer y escribir en español, una lengua en la que desarrollabas la parte pública de tu vida, pasando a ser el idioma de transmisión cultural: literatura, cine, teatro…; pero también era la lengua de tu correspondencia, en la que redactabas hasta la nota de la compra. Por eso, cuando comienzo a escribir poesía a los 15 años lo hago en español sin ninguna duda. Más tarde, hacia los 20, después de un proceso de toma de conciencia y reflexión, decido escribir de manera consciente en asturiano, para que esa lengua de casa, la del ámbito privado, fuese también mi lengua de cultura, la pública.
Es difícil saber si mis poemas serían diferentes de haberlos escrito en español. Creo que sí. Cada lengua mira el mundo de distinta manera y usar una u otra creo que tiene que condicionar el resultado final. En ocasiones hay determinadas palabras de casa que te dan pie para escribir un texto, o sería muy difícil describir paisajes o personas cercanos prescindiendo de los términos con los que los nombras. Por ejemplo, como ya comenté alguna vez, si digo en asturiano “umeru” (aulne en francés) veo los árboles que rodean el río, junto a mi casa. Si digo “aliso”, su correspondiente en castellano, no veo nada. ¿Podría hacer un poema hablando de alisos? Seguro que sí, pero no se parecería en nada al que hablase de “umeros”.
¿Qué prefiere, el trabajo de creación o el contacto con los lectores?
Sin duda, el trabajo de creación. Casi todo lo que pueda decir lo escribo, así que es fácil que ya esté en mis libros. Pero hablar con los lectores aporta siempre perspectivas inéditas, permite ver cómo te leen y cómo se recibe lo que escribes. Es muy interesante y enriquecedor. Y ese contacto forma parte del “oficio” literario.
¿Cuánto tiempo ha necesitado para escribir el poema “Todas las cosas son dos”?
No recuerdo con precisión el momento en el que escribí ese poema, pero no creo que fuese un proceso muy distinto al de otros textos. Suele ser así: llega una idea, unas veces a través de una vivencia que te hace pensar que “ahí” puede haber un poema, y otras veces por medio de alguna lectura; te pones a trabajar sobre esa intuición y el poema va saliendo. En ocasiones no. Para el caso de este poema hubo dos momentos. En un libro sobre refranes y frases hechas asturianas encontré una  frase misteriosa: “Todas las cosas son dos”. No se explicaba lo que quería decir, pero me gustó. Mucho tiempo después, leyendo a Gabriel Ferrater, vi que hablaba sobre las dos veces que vivimos un momento, aquel en el que está pasando y el recuerdo que nos queda de él, y conecté esta idea con aquella frase, que pasó a funcionar como título. El germen del poema estaba ahí; buscas alguna vivencia que te pueda servir, redactas una primera aproximación y vas quitando y poniendo cosas hasta que te parece que está bien, que no hay nada más que tocar. Entre la primera redacción y la última es fácil que pase un año y a veces más.
Me pareció entender que su  poema “Café”  está basado en una historia de amor.  ¿Es algo que usted ha vivido realmente ?  ¿Sus poemas se inspiran siempre de cosas que le han pasado?
No siempre se escribe sobre las vivencias personales, pero en mi caso tienen mucha importancia, más que las imaginadas. El poema “Café” está basado en hechos reales, como dicen en el cine. Habla de un instante particular, cuando de pronto te encuentras en un sitio en el que compartiste muchas tardes con la persona amada y te das cuenta de que allí pesa la soledad como nunca. Recuerdas que en primavera estabais los dos juntos, lamentas que sea verano y ella no esté, y que una música, por muy bella que sea (me gusta el jazz), ocupe su lugar, pero entonces dejas que la memoria haga su trabajo y que su recuerdo te acompañe un día más. Mañana ya se verá.
¿Suele usted volver a  leer sus poemas un tiempo después de escribirlos?
Sí, sí. No recuerdo haber escrito nunca un poema de un tirón y no haber tenido que retocar nada. Los que están escritos con una métrica determinada (endecasílabos, por ejemplo) llevan un trabajo constante de perfeccionamiento y ajuste que se alarga mucho en el tiempo. Hay que volver a ellos continuamente y retocar y pulir. A veces se guardan en una carpeta varios meses y un día vuelves a ellos. Si los lees y no te parece que haya nada que cambiar, es que están listos para publicar. Pero lo habitual es que sigas haciendo cambios hasta que decides publicarlo. Una vez impreso es como si dejase de ser tuyo del todo y cuando vuelves a leerlo, en una lectura pública por ejemplo, o corrigiendo pruebas para alguna nueva edición, tienes la extraña sensación de que no eras tú el que contaba las sílabas para armar el texto. Ya no es únicamente un poema tuyo.

Entrevista realizada por Lola Andrea, Audrey Beauzetie, Marion Classe, Inès Fouitah, Pauline Gavet, Manon Guettache, Mélina Guipouy y Julie NadinPublié dans Antón GarcíaLes auteurs ont la parole Mots-clefs :  Laisser une réponse







Entretien avec Antón García

Nos remercions chaleureusement Antón García, qui  a accepté de répondre à quelques questions concernant son travail de création.  Les échanges entre les participants à l’atelier et l’écrivain ont eu lieu par courrier électronique, en espagnol,  entre décembre 2013 et janvier 2014.
Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ?
La passion pour les mots, sans aucun doute. Les mots sont partout, à la portée de tous. Ils sont un matériel économique, très maniable et malléable, mais aussi très précis. Les mots servent à tout, à faire rire et à faire pleurer, à aimer et à fâcher, à dire la vérité et à mentir. Avec eux on peut raconter ce que l’on voit et ce que l’on imagine ; on peut aussi communiquer aux autres son expérience pour qu’ils puissent la revivre. En espagnol, on dit « une image vaut mille mots », mais ce n’est pas tout à fait vrai : les images « dénotent », on y trouve ce que l’on voit ; les mots, en revanche, « connotent » : ils permettent au récepteur de les interpréter et de recréer sa propre expérience. Ainsi naît la littérature, et tout particulièrement la poésie.
A quel âge avez-vous commencé à traduire des œuvres ? Qu’est-ce qui vous intéresse dans le fait de traduire d’autres auteurs ?
Alors que j’avais 18 ou 19 ans, j’avais essayé de traduire quelques poèmes de Juan Larrea du français vers l’espagnol. Larrea est un poète d’avant-garde espagnol de la Génération de 1927, qui avait la particularité littéraire d’écrire en français alors qu’il ne s’agissait pas de sa langue maternelle. Pendant quelque temps je m’y suis beaucoup intéressé et j’ai fait quelques tentatives d’approche de son travail qui n’ont pas eu de suite. Mais j’ai commencé à traduire plus sérieusement à 22 ou 23 ans, lorsque j’ai traduit en asturien le livre Memória doutro rio, du poète portugais Eugénio de Andrade.
J’aime beaucoup traduire de la poésie et je vois deux raisons de le faire. En premier lieu, la traduction me permet d’effectuer une lecture attentive de certaines œuvres qui me plaisent et de les démonter vers par vers pour les monter à nouveau dans ma langue. C’est un exercice qui me permet de découvrir le mécanisme créatif des auteurs qui m’intéressent et d’apprendre d’eux. En second lieu, la traduction oblige une réflexion constante sur son propre langage par rapport avec la langue de l’auteur ou auteure qu’on traduit, et le résultat est très enrichissant. Traduire est la meilleure école littéraire que je connaisse.
Quels auteurs espagnols et français aimez-vous ?
La liste serait longue car il y des auteurs que l’on aime beaucoup à un moment de la vie et sur lesquels on ne revient pas car on les remplace par d’autres que l’on trouve aussi intéressants quand on les découvre. Le premier poète que j’ai lu avec attention a été Garcilaso de la Vega . Plus tard il y a eu Fray Luis de León, Juan de la Cruz, Antonio Machado … Federico García Lorca et Juan Larrea. Je peux citer un autre poète espagnol, mais écrivant en catalan, Gabriel Ferrater. Parmi les romanciers, je me suis beaucoup intéressé à Gabriel García Márquez et, en ce moment, à Almudena Grandes.
En ce qui concerne les auteurs français, je suis passionné par un poète classique, François Villon, et par ses ballades. J’ai également lu Pierre Réverdy et, parmi les auteurs du XXème siècle, Jacques Réda. Bernard Manciet, qui écrit en occitan, me semble un poète qui mériterait d’être plus reconnu dans toute l’Europe. Cependant, mon auteur français préféré n’a pas écrit de poésie. Il s’agit d’Albert Camus.
Pourquoi avez-vous décidé d’écrire en langue asturienne? Vos poèmes seraient-ils différents si vous les aviez écrits en espagnol?
Aux Asturies, il s’est produit un phénomène curieux qui continue peut-être d’avoir lieu encore de nos jours: dans beaucoup de maisons, on parlait communément l’asturien mais on ne l’écrivait jamais. Il y avait deux plans de la réalité qui ne se mélangeaient que rarement. Avec les parents ou les grands-parents, on communiquait en asturien mais quand on allait à l’école on apprenait à lire et écrire en espagnol, une langue dans laquelle se déroulait la partie publique de la vie. Celle-ci c’était la langue de la transmission culturelle: littérature, cinéma, théâtre… mais c’était aussi la langue de la correspondance dans laquelle on rédigeait même la liste de courses.
C’est certainement pour cela que lorsque j’ai commencé à écrire de la poésie à l’âge de 15 ans je l’ai fait en espagnol. Plus tard, quand j’ai eu une vingtaine d’années, après une prise de conscience et beaucoup de réflexion, j’ai décidé d’écrire de manière délibérée en asturien pour que cette langue de la maison, du milieu privée soit aussi ma langue culturelle, ma langue publique.
Il est difficile de savoir si mes poèmes auraient été différents si je les avais écrits en espagnol. Je pense que oui. Chaque langue perçoit le monde de manière différente et quand on utilise l’une ou l’autre je crois que le résultat final dépend de ce choix. Parfois, il y a des mots précis qui donnent l’occasion d’écrire un texte où il serait très difficile de décrire des paysages ou des personnes proches en faisant abstraction des termes avec lesquels nous les nommons. Par exemple comme je l’ai raconté une autre fois, si je dis en asturien « umeru » (“aulne” en français) je vois les arbres qui entourent le fleuve à coté de chez moi. Si je dis « aliso », son équivalent en espagnol, je ne vois rien. Est-ce que je pourrais faire un poème parlant de « alisos »? Sans doute, mais il n’aurait rien de semblable à un autre parlant de « umeros ».
Que préférez-vous, le travail de création ou le contact avec les lecteurs ?
Sans aucune hésitation, le travail de création. Tout ce que je pourrais dire, je l’écris, se trouve probablement déjà dans mes livres. Mais le fait de parler avec les lecteurs apporte toujours des points de vue inédits, cela me permet de voir comment on me lit et comment on reçoit ce que j’écris. C’est très intéressant et enrichissant. Ce contact fait partie du « métier » d’écrivain.
Combien de temps vous a-t-il fallu pour écrire le poème «Toutes les choses sont deux » ?
Je ne me rappelle pas avec précision du moment où j’ai écrit ce poème, mais je ne crois pas que le processus ait été très différent de celui des autres textes. Habituellement cela se passe ainsi : une idée arrive, parfois à partir d’un moment vécu qui me fait penser que « là » il peut y avoir un poème ; d’autres fois l’idée surgit d’une lecture. Je me mets à travailler sur cette intuition et le poème prend forme petit à petit. Il arrive toutefois que ce ne soit pas le cas.
En ce qui concerne ce poème, il y a eu deux moments. Dans un livre de dictons et expressions asturiennes j’ai trouvé une phrase mystérieuse : « Toutes les choses sont deux ». On n’expliquait pas ce que cela voulait dire, mais j’ai aimé cette phrase. Longtemps après, en lisant Gabriel Ferrater, j’ai vu qu’il parlait des deux fois que nous vivons un événement, au moment où il a lieu et dans le souvenir qu’il nous en reste. J’ai relié cette idée avec la phrase qui est devenue le titre du poème. Le germe du poème est là. On cherche ensuite une expérience qui puisse servir, on rédige une première approximation, on enlève et on ajoute des choses jusqu’au moment où l’on pense que le résultat est bon et qu’il n’y a plus rien à changer. Entre la première version et la dernière, il peut très bien se passer une année, parfois davantage.
Il m’a semblé comprendre que votre poème  « Café »  est basé sur une histoire d’amour. S’agit-il de quelque chose que vous avez vécu réellement ? Vos poèmes s’inspirent-ils toujours de ce qui vous est arrivé ?
On n’écrit pas toujours sur les expériences personnelles, mais en ce qui me concerne elles ont beaucoup d’importance, plus que l’imaginaire. Le poème « café » est basé sur des faits réels, comme on dit au cinéma. Il parle d’un instant particulier, quand soudain tu te retrouves à un endroit où tu as partagé de nombreuses soirées avec la personne aimée et tu te rends compte que la solitude pèse comme jamais auparavant. Tu te souviens qu’au printemps tu étais avec elle. Tu regrettes que ce soit l’été, qu’elle ne soit plus là et qu’une musique, cependant belle (j’aime le jazz), prenne sa place. Mais tu laisses que la mémoire fasse son travail et que le souvenir t’accompagne un jour de plus. On verra bien demain.
Avez-vous l’habitude de relire vos poèmes quelque temps après les avoir écrits ?
Oui, tout à fait. Je ne me rappelle pas d’avoir jamais écrit un poème d’une seule traite et de n’avoir rien eu à changer. Ceux qui sont écrits avec un patron métrique déterminé (en vers hendécasyllabes par exemple) exigent un travail constant d’amélioration et d’ajustement qui dure longtemps. Il faut y revenir constamment, les retoucher, les polir. Je les garde parfois dans une pochette et un jour je les retravaille. Si je les relis et qu’il me semble qu’il n’y a rien à changer, c’est qu’ils sont prêts à être publiés. Mais le plus souvent je continue à faire des changements jusqu’au moment où je prends la décision de les publier. Une fois imprimé, c’est comme si le poème cessait d’être entièrement à moi et quand je le relis, lors d’une lecture publique ou en corrigeant les épreuves pour une nouvelle édition, j’ai l’étrange impression que ce n’était pas moi qui comptait les pieds pour construire le texte. Ce n’est plus uniquement mon poème.

Propos recueillis et traduits par Lola Andrea, Audrey Beauzetie, Marion Classe, Inès Fouitah, Pauline Gavet, Manon Guettache, Mélina Guipouy et Julie Nadin Publié dans Antón GarcíaLes auteurs ont la parole Mots-clefs :  Laisser une réponse


En 2013, le Lycée Val de Garonne, en partenariat avec l’ECLA,  a mis en place un atelier de traduction littéraire.  Cette activité a consisté à traduire en français des poèmes de six écrivains espagnols contemporains présents dans l’anthologie Toma de Tierra Antón García, Xuan Bello, Berta Piñán, Pablo Antón Marín Estrada, Ana Vanesa Gutiérrez et Pablo Texón.Tous les poètes inclus dans cette anthologie ont la particularité d’utiliser l’asturien comme langue d’écriture.  Les traductions françaises ont été effectuées à partir de la version castillane des poèmes, faite dans la plupart des cas par l’auteur lui-même.  On a toutefois tenu compte du texte original asturien dans les rares cas où la version castillane s’écartait de manière significative de celui-ci.Le dialogue avec l’un des auteurs sélectionnés, Antón García, et l’intervention d’un traducteur professionnel François-Michel Durazzo ont permis aux personnes participant à cet atelier de découvrir certains aspects de la création littéraire, du travail du traducteur et du monde de l’édition.Liste des élèves et enseignants ayant participé aux séances de l’atelierLola Andrea (élève de Terminale L) , Audrey Beauzetie (élève de Terminale L), Julian Caperan  (élève de Terminale ES), Marion Classe (élève de Terminale L), Laurena Cruz (élève de 1ère L), Aymeric Dupuy (élève de Terminale S), Inès Fouitah (élève de Terminale L), Michèle Garcia (professeur de Lettres), Pauline Gavet (élève de Terminale L), Elise Gay (élève de Terminale ES), Manon Guettache (élève de Terminale L), Mélina Guipouy (élève de Terminale L), Margaux Lassaunière (élève de Terminale S), Javier Martínez Concheso (professeur d’Espagnol), Julie Nadin (élève de Terminale L),  Anne-Marie Pécastaing (documentaliste) ,  Camille Pissavy (élève de 1ère L), Léa Righini (élève de Terminale ES  ), Maude Semmoune (élève de Terminale ES), Clara Soubiran (élève de Terminale ES ), Audrey Tourenne (élève de 1ère S),  Adeline Vogeleer (élève de  1ère  L)


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